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CHASSOL « x-pianos »

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De Stravinski à Steve Reich, l’art d’un bon premier « disque » réside souvent dans le décalage, ce cruel temps d’incubation qui force auditeurs et journalistes, une fois par décennie, à regarder en arrière pour contempler la distance et rendre grâce à ces actes manqués. Loin de nous l’idée de comparer Christophe Chassol aux maitres étalons précités, encore moins de lui prédire un destin de musicien crucifié sur la croix du pop moderne, mais s’il fallait résumer cette nouvelle signature Tricatel en une seule phrase, la fausse modestie n’empêcherait pas les comparaisons.

« x-pianos », premier album de Christophe Chassol, est donc un décalage en soi. Double album contenant 35 titres dont plusieurs, fulgurants, ne dépassent pas les trois minutes imposées par le carcan radiophonique ; autrement dit un objet qui se distingue avec noblesse. Et qui, en ces temps où l’industrie du disque ressemble plus que jamais à un défilé de comptables métronomes, prend le tempo à contretemps. On pourrait ici s’étendre sur les 1300 morceaux composés par Chassol et stockés sur disque dur, mais avant de chanter ses louanges d’insatiable compositeur, revenons à l’histoire.

Né en 1976, Chassol découvre la musique à l’âge de quatre ans. Fils d’un père saxophoniste amateur, le black kid s’engage au Conservatoire comme d’autres à l’armée, il y passera seize ans, faisant ses armes sur l’harmonie, les gammes et la mélodie comme une enluminure essentielle. Traumatisé, dans sa plus tendre enfance, par la bande son du film La Tour Infernale, le jeune Chassol comprend rapidement qu’il ne sortira pas son premier album à vingt ans. Oh non. Son ambition première, c’est de composer pour le cinéma, unir secrètement le son et l’image pour produire une musique cinématique de grande élégance, dans la lignée des Jerry Goldsmith, Michel Magne et autres Quincy Jones. Milieu des 90’s, Chassol prend la tangente. Direction les salles obscures, embarquement
immédiat pour quinze ans de compositions pour le grand écran, la télévision et la publicité, compositeur de l’ombre pour des films que Chassol, inlassablement, illustre en y apposant sa propre histoire. Pour Igor Stravinski – on y revient - la musique était du « papier peint » pour le film, on ne saurait mieux dire… Entre deux jingles pour la pub, Chassol devient chef d’orchestre, de 1994 à 2002, puis découvre le monde de la pop en accompagnant Phoenix et Sébastien Tellier sur un « Politics » (2004) que le jeune sosie de Basquiat arrange dans les grandes largeurs. La même année, Chassol retrouve le barbu sur la B.O.F. de « Narco », qu’il saupoudre de langueurs érotiques et de violons qui s’embrassent.

L’un des travers du décalage, c’est la confusion entre avant-garde et l’ambition. « Je suis un musicien qui fait de la musique sérieuse et accessible en format pop » dit Chassol, pour s’extirper des niches ghettos où tant d’autres se complaisent. Autant disciple de l’école minimaliste (Steve Reich, John Adams) que passionné de pop culture, le parisien aime à sortir des sentiers battus, comme le prouvent ses « ultrascores » - une musique de film absolue composée à partir de tous les éléments sonores du film - pour « Animal Conducteur » ou encore « Nola Chérie », qui accompagne ce premier disque en supplément DVD. Cette même envie de formats inédits se retrouve, sans surprise, sur «x-pianos », à travers « La Négacra » (composée à partir d’un poème de Gherasim Luca) ou « U were in love » (samplant un dialogue de West Side Story), sans oublier le menuet pop « Wersailles » spécialement écrit pour l’exposition de Xavier Veilhan chez Louis XIV. Du beau bizarre, en somme, où l’instrumental côtoie l’onirique et où les claviers de Chassol s’enroulent souvent autour de la voix d’Alice Lewis, autre française amatrice de beaux arts sans majuscule.

Condensé d’émotions de quinze années passées au service du rêve, « x-pianos » est donc cette pièce montée qui marie enfin les divers univers d’un Chassol bien heureux d’enfin offrir sa musique à une plus large audience : « Ce premier album arrive tard dans ma carrière, c’est un résumé qui boucle une première boucle » dit-il, « chaque morceau reflète mon envie d’harmoniser le monde ». Avec des pinceaux dignes de Fantasia et un certain talent pour l’agencement des couleurs, le nouveau peintre de Tricatel fait dans la dentelle et « x-pianos » s’écoute comme un diaporama de souvenirs intemporels. X pour infini, X pour inconnu. Alors, à quoi reconnaît-on un bon premier album ? A son décalage, vous l’aurez compris. Chez Chassol l’étrange prend simplement la forme d’un pas de coté, comme une invitation à rentrer dans la danse.

 

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